Le montage sonore, une écriture médiatique

Article rédigé par Aline Bousquet et publié dans la Lettre Info doc Toulouse n°4

L’Education aux médias et à l’information permet de donner un cadre à des projets mais aussi une continuité dans la formation des élèves tout en décloisonnant les apprentissages.
L’écriture médiatique peut également être très présente dans un projet EMI, mais pas là où on l’attend.

Contexte

Le cadre :
Projet éco-collège dont le thème est « l’alimentation ».
Projet EMI à la demande de la CPE
Objectif :
Formation des délégués et suppléants de 4° à ce projet éco-collège afin de les positionner comme porteurs d’un message encourageant leurs camarades de classe mais aussi tous les élèves du collège à manger équilibré.
Contraintes :
projet de trois heures
productions des élèves devant être visibles ou audibles par tous (ENT et dans le collège)
Solution :
Intégrer des compétences et connaissances des élèves à ce projet afin qu’il soit fini dans les temps tout en leur proposant un projet nouveau et fédérateur pour les motiver.
Tous les 4° participent cette année à un projet radio avec la professeure d’éducation musicale et moi-même. Ce projet s’inscrit également dans le cadre de l’EMI. Les élèves apprennent à créer entièrement des chroniques radio, de l’écriture au montage son multipiste (monter plusieurs pistes sonores pour n’en créer qu’une seule). L’association de plusieurs pistes sonores -voix et musiques- leur fait travailler, de façon détournée, l’organisation de l’information associée au respect de contraintes techniques et esthétiques.
Ma première idée a donc été d’associer un travail de montage son au projet « alimentation ».
La production devant être courte, la création de chroniques de plusieurs minutes ne s’y prêtait pas. Je suis donc partie sur des slogans à diffuser sur l’ENT, soit une phrase concise et originale, facilement mémorisable par les élèves.
Il ne manquait que la musique afin de créer un  « tapis sonore ». Or les élèves du collège sont adeptes, par le bouche à l’oreille, de l’outil en ligne de création de musiques Incredibox (composées de beats, effets, mélodies et voix). Celui-ci est utilisé en 3° en éducation musicale. Cependant, les élèves des autres niveaux aiment y aller lorsqu’ils viennent au CDI. Ils créent une musique éphémère le temps de leur venue car ils ne savent pas la télécharger et n’ont pas, non plus, l’objectif de diffuser leur œuvre.

Modalités d’organisation

16 élèves (délégués et suppléants) au CDI durant 3 séances (ou 3 heures)

matériel : un enregistreur audio, un logiciel de montage multipiste, audacity, 7 ordinateurs connectés à Internet dont un est connecté à un vidéoprojecteur

Productions : podcasts à écouter via l’ENT et qui surgissent également dès qu’on arrive sur la page d’accueil de l’ENT, diffusés également via les hautes-parleurs du collège.

ent dourgne
Déroulement 
Séance 1
Explication du projet et création des groupes (7)
Recherche de la définition de l’équilibre alimentaire sur le Web après s’être mis d’accord sur les mots-clés à privilégier (dont le mot « définition » à préciser dans la requête)
Les élèves écrivent avec leurs camarades des phrases courtes et percutantes en fonction de la définition trouvée en amont. Leurs phrases doivent s’adapter à leur cible : les élèves du collège.

Séance 2
Chaque groupe choisit une phrase et la projette pour en débattre avec le groupe et la CPE. Le débat porte en particulier sur des phrases fausses ou porteuses de préjugés (par exemple : « manger moins pour maigrir » …).
Les élèves s’entraînent à lire leur phrase avec un ton dynamique et souriant. Ils sont enregistrés avec un enregistreur audio. Les slogans sont ensuite placés dans un atelier pédagogique commun à tous les délégués.
Avant que les élèves aillent sur Incrédibox pour créer leur musique, la procédure du téléchargement est montrée au vidéoprojecteur.
Les groupes se placent aux ordinateurs et créent leur musique via Incrédibox.

Séance 3
Les élèves finissent la création de leur musique si besoin.
Les élèves effectuent leur montage voix + musique via le logiciel Acid Music Studio. Le logiciel est payant (11€ en 2014) et permet de disposer plusieurs pistes sons les unes sous les autres. C’est un logiciel de montage multipiste beaucoup plus simple, ergonomique et maniable qu’Audacity.
Les slogans finis sont écoutés à la fin de la séance et modifiés si nécessaires avec les élèves.

J’ai ajouté un son en début et en fin de slogan afin d’ajouter qu’un élément sonore prévienne l’auditeur de l’arrivée du slogan.

montage son

L’EMI comme fil rouge

Ces élèves de 4° participent à un projet radio en éducation musicale. Il s’agit d’Education aux médias et à l’information car ils créent entièrement des chroniques radio. Ce projet de formation des délégués a été l’occasion de décloisonner ce projet et faire transférer les compétences des élèves vers un autre contexte scolaire en s’appuyant sur l’EMI.

Le projet a été réalisable en trois heures car il prenait appui sur des compétences ciblées (EMI 6° et 5°, compétence transdisciplinaires, pratiques empiriques) des élèves pour les consolider et les approfondir.

competences formelles et informelles

Monter du son, c’est écrire

Jack Goody, anthropologue, est à l’origine de la définition de la littératie (« l’aptitude à comprendre et à utiliser les formes du langage écrit que requiert la société ou qui sont importantes pour l’individu » Ministère de l’Education Nationale, 2008). Pour lui, écrire n’est pas seulement noter la parole mais aussi en découper et abstraire les éléments. Parler, c’est écrire grâce aux nuances apportées par le ton et la ponctuation. Ainsi, couper, classer, c’est écrire. Couper du son numérisé, le réorganiser, le tranformer par ajouts ou suppressions d’éléments sonores … c’est de l’écriture.

Pierre Fastrez, chercheur qualifié FNRS (Fonds de la Recherche Scientifique) à l’UCL (Université Catholique de Louvain en Belgique) est intervenu au séminaire du Groupe de Recherche sur la Culture et la Didactique de l’information (GRCDI) en septembre 2012. Son intervention « Translittératie et compétences médiatiques «   a présenté le concept de littératie médiatique sur laquelle s’appuie cette séquence (ce concept ressemblant à celui de la translittératie en France). La littératie médiatique est l’ « ensemble des compétences caractérisant l’individu capable d’évoluer de façon critique et créative, autonome et socialisée dans l’environnement médiatique contemporain. »

Il s’agit de « savoir effectuer un certains nombres de tâches (lecture, écriture, navigation, organisation) sur un certain nombre d’objets médiatiques (informationnels, techniques et sociaux) ».

Le montage de plusieurs pistes sonores permet de faire travailler les quatre tâches décrites par P.Fastrez dans les trois dimensions du média radio-webradio-podcast qui est : 

  • un objet informationnel : traitement de l’information en fonction des auditeurs ciblés et de son financement

  • issu d’un processus de productions techniques : enregistrement, montage, traitement du son, diffusion

  • un objet social : la diffusion de sons via une radio-webradio-podcasts a pour objectif d’informer des auditeurs, un rôle de communication sociale de proximité ainsi que de démocratisation de la culture.

Le travail d’assemblage d’éléments sonores via un logiciel est intéressant à analyser du point de vue du concept belge de « littératie médiatique ».

tableau fastrez-Abousquet

Ainsi, ce projet EMI permet de faire travailler et consolider des compétences informationnelles et médiatiques. Les élèves se sont impliqués car il était porteur de sens grâce au réinvestissement des compétences acquises en projet radio-éducation musicale. Certains élèves se sont investis dans le projet en venant en dehors des séances.

Les élèves ont été auteurs et réalisateurs de leur slogan

  • auteur des phrases écrites

  • auteur des phrases lues à voix haute

  • auteur de la musique

  • réalisateur de leur montage sonore prêt à diffuser

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